Sandro était un petit garçon de dix ans très renfermé sur lui-même, avide de lectures fantastiques où se côtoyaient loups-garous, vampires et autres monstres issus du panthéon maléfique de la littérature d'épouvante. Il imaginait parfois de telles créatures exister vraiment avec un plaisir jubilatoire, aussi il vivait parmi les ombres qui hantaient son imagination débridée. Ses parents regardaient d'un ½il curieux leur progéniture accumuler un nombre impressionnant de bandes dessinées et de romans d'horreur dans sa chambre.
En se réveillant ce matin là Sandro était de méchante humeur, il détestait la sonnerie du réveil matin qui l'obligeait à quitter le monde des rêves. Sa mère préparait le petit déjeuner familial, comme chaque matin aussi longtemps qu'il s'en souvenait. Sandro buvait son chocolat sans même faire attention aux propos de son entourage qui de toute façon ne l'intéressaient pas. Sa mère s'appelait Julia et était d'origine irlandaise, quant à son père Alessandro, il était d'origine italienne. Ils possédaient tous deux un tempérament de feu où la passion n'était régulée que par l'extraordinaire attention portée à leur fils. Ils avaient accepté sa nature introvertie et son attirance pour tout ce qui était horrible.
« Sais-tu quel jour nous sommes Sandro ? » Lui chuchota sa mère à l'oreille sous l'½il attendri de son père. Sandro quitta un instant ses sombres pensées en regardant sa mère avec un regard si profond et ténébreux qu'elle ne put réprimer une grimace de stupeur tandis qu'Alessandro se raclait la gorge.
« Non ! Je ne sais pas maman... » Mentit le petit garçon avec un rictus machiavélique qui ne les étonnait plus.
« Se pourrait-il que tu ignores que nous soyons le trente Octobre, la veille d'Halloween ? » Répondit sa mère sans masquer sa joie devant cette fête Celtique. Son père consulta sa montre en grommelant car il était en retard à son travail.
« Mon fils, papa doit aller travailler pour pouvoir t'acheter plein de livres d'horreur ! » Dit Alessandro en embrassant son fils sur le front, Sandro n'aimait guère ces manifestations de tendresse qu'il regardait d'un ½il dubitatif. Alessandro se retourna vers Julia avec son regard velouté et sa voix suave d'italien.
« A tout à l'heure mi amore, je t'appellerai du bureau... » Soupira Alessandro dans le creux de l'oreille de sa femme avant de l'embrasser fougueusement. Il prit son attaché case et partit de la maison en coup de vent. Julia débarrassait les bols de la table tandis que Sandro retourna à ses lectures infernales dans sa chambre. Lorsque sa mère se retourna , il avait déjà quitté sa chaise aussi elle soupira comme tous les matins devant le départ brusque et habituel de son fils juste après celui de son mari. Parfois elle aurait aimé qu'il soit différent, plus tendre et démonstratif comme les enfants de ses amies. Elle chassa ses tristes pensées en s'attaquant à son ménage avant de faire la cuisine.
Le facteur apporta un colis ce matin là, Julia remarqua discrètement son regard rivé sur l'échancrure de son peignoir, cette petite habitude inoffensive lui donnait une existence en plus dans sa vie de femme. Elle évitait de le regarder dans les yeux afin de ne pas paraître aguicheuse, elle se détesterait d'un tel écart. Elle regarda le paquet venant d'Irlande destiné à Sandro avec jubilation, se doutant qu'il avait été envoyé par sa mère Lorena, la grand-mère de Sandro à laquelle il vouait un amour profond. Il fallait dire que Lorena aimait particulièrement conter les légendes celtiques et surtout les histoires d'horreur.
Sandro entendit sa mère l'appeler alors qu'il lisait une nouvelle de Lovecraft dans sa chambre avec délectation, il se leva de son lit à contre c½ur et en soupirant d'être ainsi dérangé dans sa lecture. Il sortit de sa chambre et dévala l'escalier en se demandant ce que lui voulait sa mère, il espérait qu'elle n'avait pas besoin de lui.
Julia tâtait le paquet assez épais qui semblait contenir un livre lorsque son fils fit irruption dans la cuisine avec son air renfrogné habituel.
« Regarde petit monstre adoré, ta grand-mère Lorena t'a envoyé un cadeau... » Dit Julia en secouant le paquet, les yeux de Sandro s'illuminèrent d'une lueur d'intérêt, chose si rare chez lui pensa sa mère avec nostalgie. Sandro prit le paquet des mains de sa mère avec avidité, poussant même un cri de joie. Il tint le colis devant ses yeux ébahis un instant puis fila dans sa chambre en grimpant les marches de l'escalier deux par deux. Julia l'avait suivi du regard avec toute la douceur d'une mère aimante et compréhensive, fixant jusqu'à l'endroit où il s'était tenu un instant plus tôt. Son absence avait la couleur de sa présence tant son petit était différent des autres avec son côté secret.
Sandro se jeta sur son lit et entreprit d'ouvrir le colis en le déchirant sauvagement avec des grognements. Il découvrit un livre en cuir noir usé par le temps, une odeur entêtante de moisi se dégageait de l'ouvrage. Il lut la lettre de sa grand-mère qui lui annonçait l'envoi d'un grimoire de magie noire qu'elle avait trouvé dans une vielle malle dans le grenier de son manoir. Elle stipulait qu'il s'agissait de magie celtique aussi c'était pourquoi elle l'avait envoyé pour Halloween. Le grimoire s'intitulait « Caer sidis Annwn » et n'était signé d'aucun auteur. Sa grand-mère avait traduit le titre du grimoire par «la magie de la bougie noire » dans sa lettre. Elle affirmait que les rituels se faisaient de nuit et lui permettraient de voir des monstres, lui recommandant spécifiquement celui de la page soixante six la veille Halloween, sans oublier une bougie noire. Sandro écarquillait les yeux en feuilletant le grimoire sulfureux contenant des pentagrammes et autres talismans accompagnés de formules étranges. Sandro se précipita à la page soixante six pour découvrir un dessin représentant un cercle d'invocation ainsi qu'une formule magique. Il prit de la gouache noire et traça le cercle magique sur le sol de sa chambre, recopiant fidèlement le grimoire. Il avait les mains qui tremblaient sous le coup de l'émotion, il allait enfin pratiquer la magie noire cette nuit pendant que ses parents dormiraient.
Alessandro revint du bureau avec une citrouille grimaçante en plastique pour son fils, Julia l'embrassa en se jetant à son cou.
« J'ai pris cela pour le petit vampire, j'ai aussi un costume pour qu'il puisse se déguiser dans le coffre de la voiture... » Murmura Alessandro en pelotant les seins de sa femme qui se laissait faire sans feindre le plaisir.
« Tu es un mari et un père exceptionnel, c'est pour cela que je t'aime... » Murmura-t-elle de sa voix langoureuse à l'oreille de son mari. Il l'emmena dans le garage et troussa sa robe bleue à pois blanc, baissant sa culotte sans ménagement avant de libérer son sexe gonflé et de la prendre fougueusement par derrière. L'étreinte brutale convenait au tempérament soumis de Julia qui gémissait, il malaxa ses seins qui pendulaient en claquant son bas ventre sur ses fesses rebondies. Après un bond quart d'heures à ce rythme effréné il ne put retenir sa jouissance et mordit Julia dans le cou, même si elle n'avait pas joui avec lui elle savourait sa jouissance en la faisant sienne. Elle savait qu'il s'occuperait d'elle d'une façon qui lui plairait davantage durant la nuit, aussi elle se rajusta et l'embrassa amoureusement.
Sandro venait juste de finir le tracé du cercle magique et contemplait son ½uvre d'un ½il satisfait. Il avait heureusement tout un carton de bougies noires, il adorait lire à la lueur vacillante de la flamme le soir. Il disposa la bougie sur un bougeoir en forme de dragon au centre du cercle. Il était content de lui, savourant à l'avance le déchaînement des forces infernales. Il continua la lecture des formules au langage hermétique. Dehors le vent d'Est se levait en faisant virevolter les feuilles mortes aux couleurs de sang. Des nuages noirs chargés de pluie s'amoncelaient doucement au-dessus de la ville qui s'endormait. Alessandro sortait du garage en tenant sa femme par la main, autour les lumières s'allumaient doucement dans les maisons, telles des myriades d'étoiles. Le lotissement où ils habitaient était calme et empreint d'une ambiance sereine qui leur convenait parfaitement à tous les deux, Julia humait l'air frais en se collant contre son mari.
Sandro était excité au plus haut point, de sombres pensées se bousculaient de plus en plus rapidement dans son esprit, il imaginait une kyrielle de monstres donnant une mort sanglante sur leur passage en tuant des innocents dans d'atroces souffrances. Il n'aimait personne, à part sa grand-mère Lorena, et souhaitait le plus de mal possible à tous les êtres vivants. Il avait conscience d'être différent de ses parents qui aimaient tout le monde, il se demandait s'il avait toujours été comme cela. Aussi loin que remontaient ses souvenirs il se voyait attiré par le Mal, une pensée se dégagea du lot, un souvenir évanescent qu'il éloigna aussitôt de la surface de son conscient sans s'en rendre compte. Il prit un de ses jouets et le fit bouger devant lui à son habitude, imaginant que le monstre en caoutchouc faisait un carnage sur ces victimes imaginaires. Il s'excitait en jouant ainsi à ce jeu dont il ne savait plus s'il était l'esclave ou le maître. Il entendit sa mère l'appeler pour le dîner et s'arrêta un instant, essoufflé comme s'il venait de courir. Les ombres peuplant son imagination s'effacèrent doucement de son regard perdu. Il reposa le monstre en tremblant et s'allongea sur son lit dans un profond soupir, il avait du mal à se dégager des fantasmes morbides de son monde intérieur et il laissa son esprit dériver à la lisière de la réalité encore un instant de plus. Sa mère l'appelait de nouveau aussi il se leva en reprenant son air renfrogné, et s'il tuait ses parents ? Cette idée l'excita d'abord puis le mit mal à l'aise ensuite, qui s'occuperait de lui ? Il lança un regard maléfique à son grimoire puis quitta sa chambre peuplée des miasmes mentaux issus de son esprit diabolique. Il se frotta le visage en descendant l'escalier, surtout ne pas montrer son vrai visage à ses parents. Il arriva dans la cuisine d'où s'exhalait une odeur de viande grillée et de purée. Son père était là bien sûr, le fixant de son air niais qu'il ne supportait plus, surtout ne rien montrer en se contrôlant.
« Alors fiston, comment vas-tu ? Tu profites bien de tes vacances ! » Dit Alessandro avec enthousiasme, ce positivisme atavique irritait l'esprit torturé de Sandro qui fit un sourire pour masquer sa haine. Il embrassa son père sur chaque joue, ce dernier le prit sur ses genoux en lui montrant la citrouille du doigt. Sandro feignit une fausse joie qui fit exulter ses parents, puis il s'assit pour manger en estimant qu'il en avait assez donné. Durant tout le repas il ne prononça pas un mot, ne pensant qu'à son rituel qui l'attendait. Ses parents avaient pris l'habitude de converser entre eux comme s'il n'existait pas et cela l'arrangeait bien encore une fois.
Il proposa de faire la vaisselle afin de subtiliser un couteau au nez et à la barbe de ses nigauds de parents puis les embrassa avant de monter se coucher en faisant le sourire le plus hypocrite de la création.
« Il a l'air bien gai d'aller au lit ce soir » Dit Julia à son mari qui sirotait son café en fumant sa cigarette de fin du repas, ils ne se doutaient de rien.
« Remarque, ce soir je ne me plaindrais pas... » Répondit Alessandro en envoyant un coup d'½il coquin à sa femme qui rougit en gloussant.
Sandro sortit le couteau pointu au manche noir qu'il avait tenu coincé sous son aisselle gauche. Il prit le grimoire et s'assit au centre du cercle puis alluma la bougie noire. Il ouvrit le grimoire puant le moisi à la page soixante six et ferma les yeux afin de se concentrer. Il était très intelligent pour son âge, déjà lucide du peu d'espoir en la bonté humaine malgré les apparences de sa vie familiale. Il pensa à des créatures difformes qui suintaient l'odeur du Mal tournant autour de lui dans la chambre, la température chuta rapidement en lui donnant un frisson. Quand il sentit son imagination prête pour la suite du programme il commença à psalmodier doucement la formule magique du grimoire, de la buée sortit de sa bouche.
La lumière baissa subitement dans la cuisine puis le tonnerre gronda suivi d'un éclair aveuglant qui fit crier Julia.
« Je...J'ai froid d'un seul coup, un froid de l'intérieur pas toi ? » Demanda-t-elle à son mari qui sirotait un armagnac tranquillement.
« L'orage t'a effrayée tout simplement, viens allons sous la couette ! » Répondit Alessandro en finissant son verre d'un trait, l'alcool avait émoussé sa sensualité.
« Non, je ne crois pas...Il y a autre chose, mais je ne sais pas quoi et cela m'inquiète chéri... » Continua Julia d'une voix hésitante, son mari la regarda avec un air perplexe en se raclant la gorge. Il n'avait jamais su comment se comporter face au mal être de ses proches et depuis toujours il s'était montré maladroit, il la prit dans ses bras et la consola au bout de quelques minutes de blocage émotionnel. Elle pleura dans ses bras, il essuya ses larmes de ses doigts fins avec une certaine peine, il ne supportait pas de la voir souffrir. Ils montèrent jusqu'à leur chambre se tenant par le bras. En passant devant la chambre de leur fils, Julia ne pu réprimer un frisson d'angoisse inexplicable.
Sandro écoutait ses parents passer dans le couloir avec un rictus démoniaque sur les lèvres, un éclair déchira la nuit, suivi d'un roulement de tonnerre tonitruant qui fit sursauter de terreur le couple. La foudre venait de tomber sur un câble électrique en plongeant le quartier dans les ténèbres.
Sandro prit le couteau et s'entailla le poignet en psalmodiant l'invocation maléfique libérant le démon d'Halloween « Maël Korr ! Dinas Powis Maël Korr ! Callor Kerridwen Ynys Annwn ! Duwies Abred Annwn ! Maël Korr ! Maël Korr ! Maël Korr ! » En finissant par hurler le nom du démon avec rage en levant ses doigts repliés au plafond tandis que la foudre frappa à nouveau avec violence. Julia poussa un cri au même moment en se redressant d'un seul coup dans le lit sous le regard médusé d'Alessandro. Ce dernier ne put réprimer un frisson, il grelottait de froid en prenant sa femme dans ses bras, l'attirant sous la couette pour la consoler.
« Le petit est en danger ! Ne sens-tu rien ? Ce froid est vraiment anormal, j'ai peur... » Sanglota Julia en regardant son mari avec un air terrorisé qui le déstabilisa. Il se demanda ce qui arrivait à sa femme pour se comporter aussi stupidement.
« Chérie ! Ecoute moi chérie ! Tout va bien, tu es saisie par une peur irrationnelle. Je crois qu'elle est due en parti à la foudre... » Dit-il en essayant de prendre une voix calme, il avait beau ressentir ce froid lui aussi il préférait occulter ces pensées qui le gênaient.
Sandro rejeta la tête en arrière en ricanant méchamment, dans ses yeux couvait une lueur diabolique tandis que l'obscurité s'épaississait anormalement autour de lui. Il vit deux points rouges apparaître au sein des ténèbres opaques qui faisaient paraître misérable la faible lumière de sa bougie noire. Quelque chose ricana devant lui, un condensé de noirceur vomi par l'Enfer. Halloween était la nuit où les démons pouvaient se déchaîner en pénétrant dans la dimension de l'homme afin de commettre les plus odieux crimes de la création. Sandro fixa le Mal en lui souriant, il comprenait cet appétit insatiable de destruction qui brillait dans les yeux malfaisants qui lui faisaient face. Il avait réussi à libérer un monstre de l'Enfer et cria sa joie malsaine à cet instant, il tendit instinctivement son poignet blessé à Maël Korr qui bu le sang à même l'estafilade dans un horrible bruit de succion.
Alessandro donna un somnifère à sa femme après avoir vainement tout essayé pour la calmer. Il l'avait prise dans ses bras en la caressant doucement, ondulant son corps pour la bercer. Il vit ses paupières se fermer et son regard s'éteindre doucement, emportée par Morphée dans un sommeil profond. Il se leva et enfila un peignoir pour aller se faire une boisson chaude dans la cuisine, il jeta un coup d'½il rassuré sur sa femme qui dormait profondément. Lorsqu'il se retrouva dans le couloir il ressentit un froid glacial, il se frotta énergiquement les bras puis s'arrêta un instant devant la chambre de son fils. Il crut entendre des bruits reproduisant l'effet d'une bribe de conversation aussi il colla son oreille à la porte. Il entendit son fils parler, mais on aurait dit qu'une autre voix lui répondait, une voix gutturale et maléfique qui lui fit dresser ses cheveux sur sa tête. Il se demanda comment son fils pouvait reproduire si bien une voix aussi horrible, il devait avoir un talent de comédien fabuleux. Il frappa trois coups à la porte pour complimenter son fils sur son talent. Un silence inquiétant s'installa insidieusement, un calme insoutenable, aussi il ouvrit la porte doucement. La chambre était plongée dans le noir, à sa grande surprise il faisait bien plus froid ici que dans leur chambre. Il alluma la lumière du couloir et retourna dans la chambre. Il vit son fils enfoui sous sa couette. Etonné par les voix qu'il avait entendues, il se posait des questions. Notamment il se demanda si tout cela n'avait pas été le fruit de son imagination, après tout, sa femme avait du l'inquiéter plus qu'il ne l'avait cru. Il referma la porte doucement et descendit l'escalier à pas de loup en souriant face à ses peurs stupides. Au moment où il entra dans la cuisine un éclair épouvantable inonda la pièce d'une lumière spectrale, il aperçut alors une ombre étrange devant le réfrigérateur. Il se frotta les yeux puis chercha l'interrupteur à tâtons, essayant vainement d'allumer le néon. Le fait de se retrouver dans le noir après cette vision étrange lui donna des sueurs froides, un grondement de tonnerre accentua ses peurs. Il se calma en prenant une profonde inspiration, décidément cet orage particulièrement puissant lui mettait les nerfs à vifs pensa-t-il en se dirigeant vers le tiroir du meuble principal. Il le trouva après plusieurs minutes qui lui parurent des heures tant il était angoissé, il ouvrit le tiroir du milieu et mit une main moite sur la lampe électrique en soupirant. Il réalisa ô ! Combien un objet aussi quotidien pouvait prendre une valeur incroyable dans certaines circonstances, il déglutit difficilement tant sa gorge était nouée. Il se retourna et balaya la cuisine du faisceau de sa lampe avec la peur au ventre, son c½ur battait la chamade car maintenant il sentait des picotements lui chatouiller la nuque. Il avait la sensation que quelque chose d'innommable tapi dans l'obscurité le guettait. Quand subitement, il sentit une douleur atroce dans son mollet gauche, tellement forte qu'il ne put trouver la force de hurler. C'était comme si quelqu'un venait d'enfoncer des crochets de boucher dans sa chair. Il tomba lourdement sur son genou droit en grimaçant horriblement avant de s'affaler de tout son long sur le carrelage. La douleur intolérable continuait de plus belle, quelque chose de lourd l'empêchait de retirer sa jambe. Il pivota de trois quarts avec son dos malgré la douleur et parvint à diriger le faisceau de la lampe vers son mollet d'une main tremblante. Il ouvrit la bouche en grand sans parvenir à crier, ses yeux se révulsèrent et il sombra instantanément dans une inconscience salutaire avec gravée dans sa mémoire une image terrifiante.
Une succession de roulements de tonnerre effroyables tira Julia de son sommeil, elle ouvrit les yeux avec difficulté et chercha la présence réconfortante de son mari. Ses mains ne rencontrèrent que la surface froide des draps, elle se redressa en criant de panique comme un enfant perdu dans un supermarché et cherchant ses parents d'un regard affolé. Elle vit la porte de leur chambre s'ouvrir, son mari entra alors avec une démarche gauche et désarticulée qui lui fit terriblement peur.
« Chéri ! C'est toi ! Je t'en prie, dis-moi quelque chose... » Cria Julia dans une crise d'hystérie. Elle ne voyait que son ombre grotesque approcher du lit, l'absence de réponse la terrifia aussi elle chercha à allumer sa lampe de chevet, ses doigts nerveux trouvèrent difficilement l'interrupteur tandis qu'il se tenait au bord du lit. La lumière ne vint pas malgré ses nombreux essais aussi elle se retourna vers lui en haletant.
« Alors chérie, n'as-tu pas envie de moi ? Ne désires-tu pas prendre mon sexe dans ta bouche comme j'ai envie du tien dans la mienne ? » Murmura son mari d'une voix étrangement gutturale qui accentua encore sa terreur. Cette nouvelle autorité inhabituelle n'était pas pour lui déplaire, il était tout près d'elle au point qu'elle pouvait le toucher. Une odeur particulièrement désagréable émanait de lui, elle allait lui demander de se laver lorsqu'il s'affala sur elle de tout son long. Elle sentit quelque chose de visqueux couler sur elle, ses doigts s'enfoncèrent dans quelque chose de mou et chaud comme une sorte de gélatine. Elle hurla en gesticulant sous le poids du corps, le repoussant de toutes ses forces lorsqu'une main enfonça une masse molle dans sa bouche en ricanant. Elle étouffait à présent, portant d'abord une main à sa gorge puis de l'autre tentant de sortir la chose de sa bouche. Un éclair illumina la chambre à cet instant, elle hurla en voyant ce qu'elle venait d'enlever de sa bouche. Effectivement elle tenait entre ses mains tremblantes ce qu'elle avait d'abord pris pour une saucisse mais qui était en fait le pénis de son mari. Dans la lumière elle aperçut le corps mutilé et à moitié rongé d'Alessandro allongé à côté d'elle, elle sombra dans l'épouvante la plus totale. Il manquait la partie droite de son visage qui laissait voir le crâne à l'orbite vide, la mâchoire dépourvue de chair, son abdomen était ouvert comme le flanc d'un poisson et ses intestins mis à nu grouillaient sur le ventre de Julia comme des vers immondes. Tout le corps de la jeune femme était prit de soubresauts affreux digne d'une épileptique. Un nouvel éclair illumina la forme monstrueuse qui avait manipulé son mari comme une marionnette jusqu'à son lit. C'était cette chose immonde qui l'avait mutilé et mangé, sa bouche difforme était rougie de sang et d'entrailles. Ses yeux représentaient le sadisme le plus pervers de la création et cette vision la paralysait de frayeur. La chose se rua sur elle et attacha ses poignets au barreau du lit avec les intestins d'Alessandro, elle sentit l'odeur fétide qui suintait du monstre sur elle. Un roulement de tonnerre masqua son hurlement tandis qu'il pelotait ses seins de façon vulgaire, la pièce était à nouveau plongé dans le noir et la folie. Comme dans un cauchemar elle sentit des doigts boudinés munis de griffes fouiller son intimité odieusement avant de la déchirer dans un craquement humide. La force colossale du monstre lui permit d'ouvrir Julia du pubis au sternum en donnant l'impression d'avoir suivi le tracé sanglant d'une fermeture éclair meurtrière et invisible. Julia gargouilla des sons incompréhensibles tandis que la créature plongeait ses mains dans ses entrailles afin de les manger. Sa dernière pensée fut pour son fils, elle se reprochait avec terreur de ne plus pouvoir l'aider et priait pour qu'il échappe à ce démon.
Sandro se réveilla ce matin là avec un mal de tête épouvantable, il avait fait des cauchemars toute la nuit. Il se leva du lit péniblement et vit le cercle tracé à la gouache par terre à côté du grimoire. La mémoire lui revint, il se rappela le rituel qu'il avait accompli mais ne se souvenait plus de la suite des événements, ce trou de mémoire l'obsédait de bon matin. Il était étonné en voyant l'heure tardive que sa mère ne l'ait pas encore réveillé, ce n'était pas dans ses habitudes de le laisser traîner au lit si tard. Il bailla et s'étira longuement avant d'aller voir par la fenêtre, le ciel était rempli de nuages noirs menaçants, une trouée dans les nuages laissait passer une succession de rayons de soleil timides qui les illuminaient d'une façon théâtrale digne d'un paysage apocalyptique. Sandro se peigna avec ses doigts et remarqua alors l'estafilade sur son poignet avec étonnement, il ne se souvenait absolument pas comment il s'était fait cela. Il quitta la fenêtre et décida de descendre à la cuisine, il sortit de sa chambre après avoir enfilé ses chaussons. La maison était silencieuse, trop calme pensa Sandro en descendant l'escalier avec son air maussade habituel. Lorsqu'il arriva dans la cuisine vide de toute présence il fut encore plus étonné, voir inquiet. Il se dirigea vers le réfrigérateur afin de se sustenter lorsqu'il glissa sur le carrelage en tombant sur le postérieur. Il se releva en pleurnichant, il vit la flaque rouge qui s'étalait sur le sol et sur laquelle il avait glissé malencontreusement. Il se demandait pourquoi sa mère ne l'avait pas nettoyée et s'interrogea subitement sur la nature du liquide visqueux. Il constata avec une stupeur croissante qu'il y en avait jusque de l'autre côté de la table, ainsi que des choses qui ressemblaient à des morceaux de viandes au milieu. Il appela sa mère mais la maison resta désespérément silencieuse, la peur venait de naître dans le creux de son estomac. Il se demanda subitement si ses parents ne lui faisaient pas une farce avant la nuit d'Halloween, il chercha vainement sa mère au rez-de-chaussée. Il remonta au premier étage en tremblant légèrement, il sentit pour la première fois la peur et la solitude en même temps et décida de récupérer sa batte de base-ball dans sa chambre. Une fois muni de l'arme improvisée il se sentit un peu plus en sécurité et explora le reste de la maison. Il se tenait devant la porte fermée de la chambre de ses parents, il hésita un instant avant de tambouriner à la porte. Comme personne ne répondait, il eut l'idée de pénétrer dans leur chambre à leur insu, cette idée excita son sens du jeu. Il fit tourner doucement la poignée et ouvrit doucement la porte qui grinça sur ses gonds. Il pénétra dans la chambre en catimini et resta bouche bée devant le spectacle avant de s'évanouir. En tombant, il heurta violemment le chambranle de la porte avec sa tête.
Sandro ouvrit les yeux en gémissant, sa tête lui faisait atrocement mal et lorsqu'il se tâta le cuir chevelu il découvrit une bosse au bout de ses doigts. Il s'assit sur le sol en grommelant quand il vit à nouveau le funèbre spectacle qui l'avait traumatisé. Il balbutia les prénoms de ses parents en pleurant, ils étaient assis sur leur lit, leur dos contre le mur. Leur corps laissaient apparaître des os dénués de muscles d'où pendaient des restes de chair, sa mère n'avait plus de tête et son père avait le visage à moitié dévoré. Leurs côtes apparentes laissaient voir l'absence totale d'entrailles et leurs jambes n'étaient plus qu'une suite d'os rognés. Sandro vomit de la bile sur le sol en criant, le choc était trop important pour maintenir sa santé mentale intacte. Il se leva et se réfugia dans sa chambre pour s'enfouir entièrement sous sa couette, son regard vide fixait un point invisible tandis que son esprit se fermait à tout ce qui l'entourait. La journée passa rapidement tandis que le monde extérieur perdait de sa consistance pour rejoindre les nombreuses fantasmagories de son mental torturé. Le crépuscule descendit sur la ville comme un voile opaque s'apprêtant à masquer la lumière d'une manière irréversible. La nuit d'Halloween étendait ses griffes maudites sur l'humanité grouillante, se préparant à déverser depuis l'Enfer les rivages noirs de l'infernal Styx.
Le quartier fêtait Halloween, la fête de Samhain. Tous les enfants avaient revêtu leurs costumes de sorciers et autres gorgones afin de quémander les fameux bonbons aux portes de leurs voisins. Dans l'ancien temps les vieux fermaient leur porte à double tour durant la nuit de Halloween car ils savaient que les démons avaient tout pouvoir cette nuit là. Le cortège des enfants déguisés parcourait déjà la ville, seuls les plus grands se préparaient à continuer les sombres festivités de cette fête païenne faisant partie de la Vieille Religion.
Un ricanement obscène tira Sandro de son étrange neurasthénie, il sentit la couette descendre le long de son corps recroquevillé dans la position du f½tus. Une main aux doigts griffus caressa sa joue et son dos en chuchotant des blasphèmes dans son oreille, un souffle chaud et nauséabond s'infiltra dans ses narines sans crier gare. Une autre main tourna sa tête vers le visage de cauchemar à côté de lui qui le fixait avec un regard démoniaque. Sandro poussa un cri devant le visage parcheminé de rides, les sourcils broussailleux au-dessus d'une paire d'yeux mince comme des fentes d'où s'échappaient deux lueurs rouges infernales. Le nez était exagérément long et recourbé, les oreilles pointues comme un vampire, les dents tout autant et effilées de couleur jaune, le menton proéminent et poilu. Ce visage horrible était surmonté d'une crinière de cheveux roux et abondants. Les mains ridées aux doigts noueux pourvus de griffes noires acérées et terriblement longues qui s'entrechoquaient, inspiraient la plus sombre terreur à Sandro. La chose devait mesurer dans les un mètre quarante et portait une robe noire avec des Runes peintes en rouge dessus. Lorsque la créature marchait ses pieds claquaient bruyamment le sol comme l'auraient fait des sabots, elle ricanait d'une manière abominable et cela continuellement. La part ténébreuse du petit garçon savourait la situation tandis qu'une abominable culpabilité enserrait son c½ur dans un étau. Il se tenait pour responsable de la mort de ses parents, il trouva pour la première fois un sentiment d'amour tardif envers eux.
« Tu voulais les voir mourir il y quelques jours de cela, je l'ai lu dans ton esprit. J'ai réalisé ton premier rêve avec joie... » Murmura la voix gutturale du monstre, Sandro resta pétrifié devant le face à face avec ses propres démons intérieurs. Il réalisa qu'il ressemblait de plus en plus à cette créature de cauchemar en éprouvant une culpabilité grandissante. Il fut pris dans une dichotomie terrifiante qui fit basculer son mental dans la folie. Il ne réalisa même pas qu'il ricanait maintenant avec le nain effroyable devant les atrocités commises sur ses parents.
« Nous allons semer la mort dans d'atroces souffrances sur notre passage, cela ne te rappelle rien ? » Chuchota le monstre en prenant Sandro par la main. Le petit garçon allait enfin réaliser son fantasme le plus secret, il jubilait en suivant son sinistre compagnon jusqu'à la cuisine.
« Qui es-tu et d'où viens-tu ? » Demanda Sandro d'une voix timide. Le nain prenait deux couteaux de cuisine énorme lorsqu'il se retourna lentement vers le petit garçon.
« Je m'appelle Maël Korr le Prince des Nains, grand manipulateur des forces de destruction ! Mon but principal est la damnation de l'humanité puis sa destruction totale... » Ricana méchamment le nain satanique à un Sandro médusé et admirateur. Il venait de trouver son maître qui l'initierait sur le sombre chemin du chaos. Il prit le couteau que lui tendait Maël Korr avec une lueur démoniaque dans les yeux. Il se rappela que son costume d'Halloween se trouvait dans la voiture aussi il décrocha les clés du clou mural dans la cuisine. Il trouva son costume sur la banquette arrière, il ouvrit l'emballage cadeau avec une petite pensée de tristesse pour son père. Il la chassa vite fait et enfila le costume de sorcière qui le rapprochait davantage de son compagnon. Il cacha son couteau sous ses manches et suivit le démon dans l'allée devant sa maison. Ils se fondirent dans un groupe de jeunes gens eux aussi déguisés qui criaient pour effrayer le voisinage. Tout le petit monde craqua devant le déguisement si parfait de Maël Korr qui ne pu retenir un ricanement malfaisant. Sandro remarqua que les jeunes imitaient les attitudes du démon, une violence insidieuse s'installait même entre eux sans qu'ils ne s'en rendent compte.
Maël Korr prit Sandro par la main et s'engagea dans une ruelle adjacente en courant, laissant le petit groupe bruyant derrière eux. Ils se retrouvèrent devant la maison de madame Dietrich, la directrice de l'école de Sandro. Ce dernier jubilait en se demandant si le démon l'avait fait exprès ou non. Ils frappèrent de concert à la porte d'entrée de la marâtre, quelques secondes plus tard la figure aux traits desséchés de madame Dietrich apparut sur le pas de la porte.
« Je suppose que vous voulez des bonbons petits garnements ! » Cria méchamment la vieille taupe en les regardant. Elle était fascinée par le déguisement de Maël Korr, elle sentit même une douleur subite dans le plexus solaire sans savoir pourquoi.
« Attendez un instant ! » Dit-elle sèchement en tournant les talons pour chercher des bonbons. Elle en prit deux dans la panière pleine de la cuisine, cela leur suffirait ! Pensa-t-elle. Lorsqu'elle revint sur le pas de la porte ils n'étaient plus là.
« Vauriens ! Si je vous mets la main dessus mmmmh ! » Cria la harpie en levant une main menaçante devant elle. Elle claqua la porte avec colère en maudissant cette jeunesse mal élevée.
« Qu'est-ce que vous ferez si vous nous mettez la main dessus ? » Demanda Sandro sans dissimuler sa haine. Elle se retourna en poussant un cri de surprise tout en mettant une main sur sa poitrine. La colère revint dans ses yeux un instant avant que le couteau ne décrive un arc de cercle puissant et rapide. Le visage de madame Dietrich devint livide instantanément quand la lame s'enfonça profondément entre ses cuisses. Elle eut un hoquet de terreur et de souffrance tandis que Maël Korr tournait la lame de droite à gauche en déchirant l'intimité de la vieille taupe dans un jet de sang. Sandro riait à gorge déployée en voyant le démon la faire tourner dans une danse de mort au bout de son couteau, ses yeux se révulsèrent d'un seul coup. La pauvre tremblait comme si elle était électrifiée. Sandro fixait avec avidité le sang couler à flots sur la jupe de la femme et le bras du nain. Elle bafouillait sans parvenir à retrouver son souffle, la douleur insoutenable la fit mourir d'une crise cardiaque dans un soubresaut terrible. Elle s'écroula sur le sol dans un bruit mou atroce, les deux compagnons dansèrent autour d'elle en riant devant le spectacle macabre. Le nain l'éventra d'un coup net et puissant de haut en bas et de droite à gauche, la chair du ventre s'ouvrit en libérant son contenu. Le nain sortit les entrailles lentement et les dévora sous le regard médusé de Sandro. Le bruit produit par la mastication des intestins le terrifiait en même temps qu'il l'attirait. Il se surprit lui-même quand il mit à la bouche un morceau d'intestin tendu par Maël Korr, le contact chaud et humide le rendit avide au point qu'il se jeta tête bêche dans la cavité abdominale de madame Dietrich. Il déchiqueta les entrailles en grognant, lorsqu'il redressa sa tête rougie et pleine de viscosité ses yeux n'avaient plus rien d'humain.
Lorsque minuit sonna, ils étaient les seuls à arpenter les rues du lotissement, ils venaient de commettre leur dixième crime sur d'innocentes victimes. L'orage décida de gronder à ce moment là, la pluie cinglait le visage des deux compagnons distribuant une mort gratuite et affreuse. Ils ne revinrent dans la maison de Sandro que très tard dans la nuit, ivre de leurs crimes monstrueux. Sandro ne remarqua pas tout de suite le regard avide que lui lançait Maël Korr, lorsque leurs yeux se croisèrent Sandro sentit la peur tordre son ventre. Un éclair illumina la cuisine en projetant l'ombre déformée du nain sur le carrelage. Sandro sentit l'odeur de la mort venir vers lui. Il se rua vers la porte de la cuisine afin de s'enfuir mais il ne put l'ouvrir malgré son acharnement. Il courut vers la porte d'entrée principale en haletant, se heurtant à la table basse du salon en hurlant. Il resta pétrifié de terreur devant son impuissance à ouvrir cette porte aussi.
« Ne t'acharne pas ainsi, toute la maison est fermée par ma magie. Je suis désolé mais tu ne peux plus t'enfuir... » Déclara le nain avec presque un regret dans la voix. Sandro se cala le dos contre la porte, les bras en croix et les mains plaquées contre le bois. Il sanglotait en fixant son étrange ami avec terreur.
« Pourquoi ? ...Nous étions amis...On peut le rester, hein ? » Supplia Sandro en tremblant de tout son corps.
« Je sais, moi aussi je préférerais que cela finisse autrement. Mais vois-tu, je vais devoir retourner dans mon monde et crois moi je m'en passerais bien » Dit le nain d'une voix basse avant de psalmodier une incantation maléfique en celte. Sandro sentit son corps trembler avant de tomber lourdement sur le sol. Il avait un mal fou à bouger ses bras et ses jambes, il était en train de perdre le contrôle de son corps. Une paralysie terrifiante gagnait lentement tout son corps sans pour autant annihiler la sensation de contact avec le sol.
« Qu'est-ce qui m'arrive...Au secours ! » Cria le garçon pris au piège du charme maléfique lancé par le nain démoniaque.
« Personne ne viendra à ton secours, accepte ton sort... Après tout tu t'es bien amusé non ? » Répondit Maël Korr en prenant le corps mou de l'enfant dans ses bras. Il monta les escaliers lentement et se dirigea vers la chambre de Sandro tandis que ce dernier hurlait vainement sa peur. Le démon allongea l'enfant sur son lit tandis qu'il se positionna au centre du cercle magique.
« C'est bientôt l'heure de mon retour dans mon monde, je pourrais aussi bien dire en Enfer pour que tu comprennes mieux la beauté des lieux... » Continua-t-il avec sarcasme.
« Vous n'allez pas me laisser paralysé comme cela ! Dite moi que vous ne le ferez pas par pitié ! » Supplia-t-il en pleurant. Le nain ricana en tressautant d'une manière hideuse, Sandro entendait parfaitement bien, il pouvait même mouvoir ses yeux dans l'espoir de voir le nain. Cette sensation d'impuissance le terrifiait au plus haut point, il aurait donné n'importe quoi pour retrouver l'usage de ses membres. Le nain vint vers lui et lui tourna la tête de sorte qu'il puisse le voir lorsqu'il retournerait dans le cercle, il essuya même ses larmes de ses doigts affreux.
« Je ne voudrais pour rien au monde que mon départ soit raté ! » Chuchota la créature avec malice. Le nain était au centre du cercle à présent et il le voyait parfaitement bien, son physique repoussant le répugnait vraiment. Un éclair déchira la nuit, suivi d'un monstrueux roulement de tonnerre. Des flammes sortirent mystérieusement du cercle magique, un grondement épouvantable fit trembler les fondations de la maison.
« La porte conduisant aux enfers s'ouvre, les Puissances du Mal viennent me chercher car mon temps est écoulé... » Ricana le démon avant de psalmodier une nouvelle incantation. Sandro sentit soudain ses doigts bouger, son corps lui revenait lentement. Il jubilait de joie lorsque le nain entama une autre incantation en hurlant cette fois. Les yeux du nain fixaient les siens avec une volonté tendue à l'extrême, le garçon ressentit alors une étrange sensation et sa vision se voila soudainement. Il eut l'impression de chuter sur un toboggan maléfique lui donnant une horrible nausée. Une confusion s'opérait dans son esprit, de nouvelles sensations jaillissaient en lui. Sa vision redevint alors net et il poussa un hurlement effroyable en regardant son corps allongé sur son lit. Il vit un sourire diabolique se dessiner sur son visage, seigneur ! ! il se voyait de l'extérieur !. Il leva ses mains qui étaient pourvues de doigts noueux terminés par des ongles tranchants ! Non ! C'était impossible car il était au centre du cercle lorsqu'il sentit quelque chose de puissant le tirant dans l'abîme qui s'était ouvert sous ses pieds. Avant de disparaître en Enfer, emporté par une créature monstrueuse il eut juste le temps d'entendre ses paroles terrifiantes : « excuse-moi mais grâce à ma magie noire j'ai permuté de corps avec toi Sandro tout en gardant mes pouvoirs dans le tien ! Tu es donc dans le mien maintenant et tu vas en Enfer à ma place, j'espère que tu ne m'en veux pas ! Pour te consoler dis-toi que j'ai arnaqué Satan ! Et puis, je suis sûr que tu te plairas en Enfer ! Ha ! Ha ! Ha ! ».